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La gratocherie

  • On 23 novembre 2016

14708356_683534248466096_455091749273253402_nCette Générale a des mœurs bien étranges. Alors qu’une large partie du monde autour d’elle semble s’accorder avec l’idée que l’humain est exclusivement fait pour consommer de la richesse en une vie terrestre de plaisir, quelque chose d’irrationnel émane de ce collectif.

Si, en tant qu’espèce, on se résume à la finalité de posséder, d’avoir, il est entendu que l’on ne peut donner sans perdre. C’est un postulat appuyé par le brevetage de toute chose. Même dans le contexte d’échanges informatiques, contexte nouveau et particulier dans le sens où le donneur peut à la fois donner quelque chose et continuer d’en jouir, péages et poursuites fleurissent car la gratuité se combat à grand renfort d’arsenal juridique.

Je ne saurais pas dire si le fait de posséder est un facteur de joie. Ce dont je peux témoigner, en revanche, c’est que donner au premier venu, sans attente en retour, semble être source de bien-être.

Ainsi font les acteurs de la Générale Marabille.

La vingtaine de bipèdes qui constitue le noyau actif de l’association semble être affranchie d’attentes tracassines lorsqu’il s’agit de donner de sa personne pour porter un projet.

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Le croirez-vous ? Sans la moindre ébauche de planning, de pointeuse, d’émoluments, sans le moindre élément des panoplies habituelles de coercitions et récompenses auxquelles nous sommes habitués à offrir allégeance, il n’est encore jamais arrivé d’ajourner un atelier faute de participants.

Comment ça marche ?

Concrètement, l’association ne s’est jamais préoccupée sérieusement de recruter ceux que l’on appelle « les techniciens ». Chacun d’eux est entré en contact au cours d’une manifestation, d’un atelier de réparation, notamment, pour proposer ses compétences. L’engagement est celui de chacun. Il n’y a pas de grand-messe d’intronisation, pas de protocole, pas de règlement à signer, pas de menottes. Il n’existe pas la moindre obligation ou pression pour inciter à la régularité. Et pourtant, une large de proportion de ces gens aux doigts d’or se présente chaque mois à l’heure dite pour réparer gratoche les matériels fatigués de parfaits inconnus.

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Donnant ainsi de leur temps, de leur énergie, offrant de leur talent, de leur cerveau, de leur bonne humeur, ces gens sont-ils à ce point perdus pour ne rien monnayer de tout cela ?

A les écouter, il semble que venir animer les ateliers d’aide à la réparation soit source de plaisir.

Quoi ? Qu’ouïs-je ?! Sont-ils pervers ou masochistes pour tirer satisfaction d’une situation où ils donnent (donc perdent) sans contrepartie tangible?

A les écouter, ces gens pètent de santé d’esprit, pourtant. Les discours sont clairs, les positionnements consentis, et les envies virevoltantes. Par-dessus les tables qui nous accueillent parfois pour parler ensemble de ce que l’on fait et fera, les projets fusent et s’accordent dans une espèce de magie que l’on souhaite à toute forme de collectivité de connaître.

Peut-être ce monde est-il cohérent. Peut-être que les boutiquiers, usuriers ou recouvreurs sont effectivement l’aboutissement magnifique de nos trois millions d’années d’évolution.

Mais peut-être aussi que l’entraide, l’altruisme, la passion et le don ne sont pas tout à fait étrangers à la continuité de l’espèce dans ce long parcours.

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En tout cas, j’en connais qui agissent comme si c’était important.